Lupus Canada

Une nouvelle prescription
pour la néphropathie lupique

Par Howard Hauptman, M.D., rhumatologue
et membre du conseil d'administration
de la Maryland Lupus Foundation

Article repris du Bulletin de Lupus Canada - Automne 2002, volume 9, no 2

Au cours de la dernière décennie, les chercheurs engagés dans le traitement du lupus ont tenté de trouver de nouvelles pharmacothérapies pouvant remplacer ou compléter les régimes traditionnels. La règle habituelle dans le traitement du lupus a été d'utiliser des doses diverses de stéro•des pour traiter les inflammations d'organes légères à modérées et d'ajouter des immunodépresseurs pour les formes les plus graves de lupus.

Le médicament apportant le plus d'avantages a toujours été la cyclophosphamide. Malheureusement, les effets toxiques de ce médicament, par exemple les changements de la numération globulaire, le zona, la stérilité due aux infections et, plus rarement, le cancer, ont incité les scientifiques à chercher des traitements de rechange du lupus. En raison des bienfaits observés avec les agents immunodépresseurs, les traitements suivants ont été étudiés : l'azathioprine, la cyclosporine, la plasmaphérèse, l'immunoglobuline intraveineuse, la transplantation de cellules souches et le mycophénolate mofétil (MMF). La plupart de ces études ont porté sur la néphropathie active (néphropathie lupique). Le MMF, aussi appelé CellCept, n'a été étudié que récemment et les premiers résultats indiquent une réaction raisonnable au traitement, les effets secondaires étant proportionnellement assez légers.

Le MMF a d'abord été étudié chez les greffés du rein et l'on a pu constater qu'il était plus efficace et mieux toléré que l'azathioprine, laquelle avait été le traitement primaire chez ces patients. Son emploi a alors été élargi aux patients ayant subi une greffe du c?ur ou du foie. Comme de nombreux troubles rhumato•des autoimmuns ont répondu à la fois aux médicaments immunodépresseurs utilisés pour les cancers et à un traitement contre le rejet d'organe, le MMF a commencé à tre étudié et mme essayé pour traiter divers troubles autoimmuns, entre autres la polyarthrite rhumato•de, le psoriasis, la polymyosite et diverses formes de vasculite de mme que le lupus. Dans le cas du lupus, les études ont principalement porté sur la néphrite.

Comme pour toute recherche en santé humaine, les premières études thérapeutiques avec le MMF pour traiter le lupus ont été menées en laboratoire en utilisant surtout des modèles animaux (souris) de néphrite lupique. Dans une étude de six mois, les souris traitées au MMF ont connu une évolution nettement meilleure que les souris traitées avec un placebo. Cela a mené aux premières études humaines.

En 1998, plusieurs cas ont été signalés de patients qui, ayant besoin d'un traitement additionnel en plus de leur traitement initial à la cyclophosphamide, avaient nettement bénéficié du MMF. Plus tard la mme année, un rapport indiquait que, chez treize patients atteints de néphrite lupique grave déjà traitée avec la cyclophosphamide, la maladie était stable ou avait régressé après un traitement d'un an avec le MMF. L'étude la plus prometteuse jusqu'ici a été publiée dans le New England Journal of Medicine en 2000 par Chan et coll. Quarante-deux patients atteints de néphrite lupique grave ont reu du MMF et de la prednisolone (un stéro•de semblable à la prednisone) ou de la cyclophosphamide et de la prednisolone. Dans les deux groupes, environ 80 % des patients ont connu une " rémission ". Seulement environ 10 à 15 % des patients ont fait des rechutes d'inflammation active durant les six mois de suivi. Les effets secondaires du MMF semblent tre moins graves que ceux de la cyclophosphamide.

Environ 25 % des patients dans les deux groupes ont eu des infections, les cas de diarrhée et de nausée ont été rares et le MMF n'a causé aucun décès. Les effets secondaires les plus sérieux ont été observés dans le groupe cyclophosphamide-prednisolone. Bien que les conclusions à tirer de cette étude soient limitées en raison du petit échantillon et de sa courte durée, l'étude montre néanmoins que le mycophénolate mofétil est très prometteur comme traitement d'appoint ou de remplacement de bon nombre des traitements traditionnels actuels de la néphrite.

Que nous réserve l'avenir ? à la suite de ces études, les chercheurs sont de plus en plus confiants quant au r™le potentiel de Cell-Cept. Une étude universitaire multicentrique sur le MMF est présentement en cours chez des patients atteints de néphrite lupique aigu‘. Cette étude est beaucoup plus vaste que toutes les précédentes et permettra d'en venir à des conclusions plus certaines concernant le r™le que le MMF pourrait jouer dans le traitement des patients atteints de néphrite lupique. En outre, les rhumatologues sont continuellement à la recherche de substituts plus sžrs aux stéro•des et à la cyclophosphamide pour traiter d'autres types d'inflammations dans le lupus. Dans de nombreux cas, le MMF est présentement utilisé pour remplir ce r™le. Si l'expérience à venir indique des avantages comparables et des effets secondaires moins marqués que ceux des options médicamenteuses actuelles, le mycophénolate mofétil est appelé à devenir un choix thérapeutique populaire pour le lupus.


Cet article est repris du bulletin de la Maryland Lupus Foundation, vol. 114, juin 2002, avec l'aimable autorisation de la MLF.