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Dr M. Fritzler:
les tendances en recherche
Cathy Jackson
Membre du comité de recherche de Lupus Canada
Repris du Bulletin de Lupus Canada, volume 7, no 1, automne 2000
Conseiller médical de Lupus Canada durant dix ans, le Dr Marvin Fritzler, Ph. D., M.D., FRCPC, FACP, président de la Société d'Arthrite et professeur de médecine à l'université de Calgary, a joué un rôle important dans la formation des nouveaux Instituts de recherche en santé du Canada et du nouvel Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite.
On sent que le Canada est à la veille d'une nouvelle ère en recherche. Pouvez-vous nous parler des récents changements concernant le financement et la gestion de la recherche au pays ?
Plus tôt cette année, nous avons vu la disparition du Conseil de recherches médicales et la création d'une nouvelle entité de recherche financée par le fédéral, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Parmi les aspects novateurs d'IRSC, on peut citer la mise sur pied d'instituts qui seront responsables d'établir le programme de recherche dans diverses disciplines de recherche biomédicale. En plus de transformer la gestion de la recherche, le gouvernement fédéral s'est engagé à doubler le financement de la recherche d'IRSC au cours des deux ou trois prochaines années.
En quoi plus précisément la création d'IRSC modifiera-t-elle la recherche médicale ?
Outre la nouvelle structure de gestion et l'augmentation des fonds, le financement de la recherche par IRSC se fera en vertu de deux grands programmes. L'un d'entre eux recevra comme auparavant les demandes de financement présentées par des chercheurs canadiens. Le nouvel élément relèvera en grande partie de chaque « Institut ». Ce programme, appelé « Fonds pour les défis », déterminera les domaines de recherche prioritaires et lancera par la suite des concours dans ces domaines.
Qu'est-ce que tout cela signifie pour les Canadiens ? Qu'y aura-t-il de nouveau ou de différent dans la façon de gérer les fonds de recherche au Canada ?
Il est bien connu que la recherche biomédicale est rentable à plusieurs égards. Premièrement, si les institutions canadiennes arrivent à garder et recruter des chercheurs de pointe, elles pourront acquérir une expertise clinique de premier plan dans divers domaines de la médecine. Par exemple, les scientifiques qui s'intéressent à la recherche fondamentale sur la réponse immunitaire et ses rapports avec l'auto-immunité sont invariablement des médecins qui traitent également des patients lupiques et leur apportent les meilleurs services diagnostiques et thérapeutiques et les meilleurs soins possibles.
Deuxièmement, le recrutement et la conservation de l'expertise biomédicale ont d'énormes répercussions sur l'économie canadienne. Chaque dollar dépensé en recherche attire trois ou quatre dollars additionnels au Canada et dans les provinces. Cela s'appelle le facteur d'amplification. En outre, les experts en recherche feront de nouvelles découvertes, lesquelles mèneront à de nouveaux produits et de nouvelles entreprises qui renforceront notre économie.
Pour ce qui est de la recherche sur le lupus, maintenant, quelles seront d'après vous les retombées de la création d'IRSC, et plus particulièrement de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite ?
Sous l'ancien CRM, il n'existait pas de composante reconnue centrée sur la recherche sur le lupus. Il y a plusieurs années, au nom de Lupus Canada, j'ai moi-même revu tous les projets liés à la recherche sur le lupus qui avaient été financés par le CRM. J'ai découvert qu'ils avaient été peu nombreux (moins de 10) et que les fonds de recherche n'étaient attribués par aucun jury ou groupe d'étude en particulier. La création du nouvel IALA (il sera probablement renommé Institut de l'arthrite, des os, de la peau et de la santé bucco-dentaire) nous permet maintenant de mieux cibler la recherche sur le lupus.
À votre avis, quelle influence des organismes bénévoles comme Lupus Canada pourront-ils exercer sur ce nouveau processus?
J'entrevois d'immenses possibilités pour des organismes bénévoles comme la Société d'Arthrite et Lupus Canada d'aller chercher des fonds équivalents à ce qu'ils collectent eux-mêmes pour promouvoir la recherche. Le Fonds pour les défis dont j'ai parlé plus tôt sera l'un des moyens que Lupus Canada pourra utiliser pour assurer un engagement beaucoup plus ferme en faveur de la recherche qui nous intéresse. En versant des fonds à la recherche sur le lupus par l'entremise d'IRSC, il sera possible d'obtenir un financement du gouvernement fédéral au sein d'IRSC. En outre, le conseil consultatif de chaque institut comptera des membres de l'extérieur. J'aimerais beaucoup que Lupus Canada soit l'un des organismes représentés à ce conseil, bien que, et je tiens à le préciser, cela n'ira pas de soi. Les dirigeants de Lupus Canada devront voir eux-mêmes à assurer leur participation au processus organisationnel d'IRSC et de l'IALA.
Comme chercheur et médecin ayant participé de près à la mise sur pied de l'Institut, comment exactement croyez-vous que votre rôle sera modifié dans ce nouveau régime ? Cela changera-t-il vraiment la façon dont la recherche est effectuée ?
Je ne pense pas vraiment qu'IRSC pourrait changer ma façon de faire des recherches. On observe une nette tendance en faveur de la recherche multidisciplinaire et multicentrique. Avant même qu'on parle d'IRSC, j'ai souvent dit que l'époque achevait de la recherche en solitaire, du chercheur qui travaille isolé dans son laboratoire. L'ère de l'information et des semi-conducteurs change inévitablement notre façon de faire de la recherche. Par exemple, j'ai moi-même besoin d'une étroite collaboration avec des collègues du Scripps Research Institute de La Jolla, de l'université du Texas à Houston et de l'Université de Montréal au Québec.
Comment voyez-vous les principaux défis à l'horizon, surtout en ce qui a trait à la recherche sur le lupus ?
Le projet du génome humain nous ouvre des possibilités incroyables de mieux comprendre les anomalies inhérentes à des maladies comme le LED. Les connaissances actuelles indiquent que plus de trente gènes interviennent dans l'expression du lupus. Pour comprendre comment ces gènes travaillent ensemble ou comment au juste ils mènent à un processus pathologique, nous devrons effectuer des analyses extrêmement raffinées qui tireront profit des informations maintenant contenues dans la banque de gènes du projet du génome humain. Dans les années qui viennent, de nouveaux domaines de recherche en génomique, en protéomique et en physiomique (génomique fonctionnelle) offriront des possibilités de recherche passionnantes. On peut espérer que cela apportera de nouvelles façons de traiter et de diagnostiquer le lupus, plus efficaces et mieux adaptées.
Pouvez-vous nous parler de vos travaux actuels en recherche sur le lupus ?
L'an prochain, je me rendrai au Scripps Research Institute pour explorer certains des nouveaux champs de recherche, par exemple une technologie appelée analyse de répartition des gènes et protéines. Cette technologie nous permet de déceler les anomalies dans des milliers de gènes à la fois. Par ailleurs, j'utiliserai de nouveaux instruments et de nouvelles techniques qui amélioreront la précision et diminueront les coûts du diagnostic du LED et d'autres maladies auto-immunes. Ces deux volets sont des prolongements des recherches menées dans mon laboratoire depuis une vingtaine d'années. Enfin, nous sommes à raviver l'intérêt pour les facteurs environnementaux qui provoquent ou accélèrent l'apparition du LED. Par exemple, le Dr Leeanne Schoenroth, une collègue à mon laboratoire, étudie les effets d'un strogène hormonal qui est produit dans l'environnement. La plupart des personnes informées au sujet du lupus savent que le sexe et les hormones jouent un rôle important dans cette maladie.
La recherche se poursuit partout dans le monde. Y aura-t-il un mécanisme pour réunir et cataloguer ces travaux et l'information qui en découle ? Mettra-t-on en place un processus qui permettra aux chercheurs d'avoir facilement accès à toutes les découvertes sur le lupus et une ligne de communication qui les incitera à demeurer en liaison les uns avec les autres ?
Très bonnes questions. Comme je l'ai dit plus tôt, le temps des recherches menées en solitaire tire à sa fin. Il ne fait pas de doute qu'Internet constitue un outil important pour le partage courant des données. Toutefois, on prévoit déjà que les recherches en protéomique et génomique entraîneront une augmentation considérable des données. Par exemple, les études de répartition des gènes peuvent produire des quantités colossales de données en très peu de temps. Le défi, ce sera d'intégrer et interpréter les données. Pour cela, de nouvelles méthodes de gestion des données seront également nécessaires.
Au nom de Lupus Canada, je voudrais remercier le Dr Fritzler pour sa générosité et son savoir. Je crois pouvoir dire que tous les Canadiens accueillent avec enthousiasme cette nouvelle ère fascinante en recherche médicale et que nous attendons tous avec impatience de grandes percées en recherche sur le lupus.
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