Fonction cognitive et anticorps
antiphospholipides chez les patients lupiques
Article repris du Bulletin de Lupus Canada - Automne 2002, volume 9, no 2
Bien qu'ils ne soient pas exclusifs aux patients lupiques, les anticorps antiphospholipides sont présents chez environ un tiers de ces personnes. Prenant la parole au symposium de Lupus Canada en avril, le Dr Susan Denburg a rappelé que les anticorps antiphospholipides (AAPL) sont associés aux événements thrombotiques, ou de coagulation, ainsi qu'aux fausses couches répétées. Comme le LED est une maladie qui frappe principalement les femmes jeunes, le Dr Denburg a ajouté que ces événements thrombotiques peuvent entraner une maladie incurable, surtout lorsqu'ils se produisent dans le système nerveux central (SNC).
Définissant le lupus érythémateux disséminé (LED) comme une maladie inflammatoire autoimmune de cause inconnue, le Dr Denburg a expliqué que la maladie se caractérise par des lésions aux tissus et aux cellules résultant, directement ou non, de l'action d'autoanticorps et/ou de complexes immuns. Les manifestations cliniques de la maladie sont diverses et déterminées par les anticorps et complexes immuns spécifiques présents ainsi que par les organes, tissus ou cellules qu'ils prennent pour cible. Les AAPL sont généralement classés en deux groupes : anticorps anticardiolipine (AACL) et anticoagulants circulants (AC).
Le système nerveux est atteint chez jusqu'à 75 % des patients lupiques. Cette atteinte est souvent dite " neuropsychiatrique " (NP), puisqu'elle reflète des événements à la fois neurologiques et psychiatriques (ACV, crises, trouble mental organique, psychose, dépression). Plus récemment, a poursuivi le Dr Denburg, la neuropsychologie clinique, une approche pour étudier l'intégrité fonctionnelle du système nerveux central, a été utilisée dans l'étude du LED neuropsychiatrique, puisque cette discipline permet de déceler la présence de lésions du système nerveux.
Bien que les types de tests neuropsychologiques administrés en recherche sur le LED puissent varier, le thème commun à la majorité des approches de l'évaluation neuropsychologique (ENP) est la nécessité d'évaluer un large éventail de fonctions, comprenant l'attention, la mémoire, le langage, la formation de concepts, les capacités visuospatiales ainsi que les aptitudes motrices et d'exécution. L'utilité de toutes les approches largement utilisées pour déterminer la présence de troubles des fonctions cérébrales a été validée tant par des recherches que par leur emploi dans des cadres cliniques. Une / ENP peut tre faite chez pratiquement tous les patients, a précisé le Dr Denburg, et elle peut apporter une validation objective des plaintes subjectives des patients lupiques.
Un déficit de la fonction cognitive peut tre une complication sérieuse chez les patients lupiques. Le Dr Denburg a rappelé que les études sur le fonctionnement cognitif chez des patients lupiques ont donné des estimations de prévalence de déficit cognitif allant de 20 à 50 % dans cette population. L'examen de ces diverses études indique que les déficits cognitifs sont de gravité assez diversifiée chez les patients lupiques. Cette diversité du type de problème cognitif est également démontrée chez les patients lupiques sans atteinte NP manifeste. Dans des échantillons représentatifs de patients, 20 à 40 % des difficultés reconnues concernent l'attention et la concentration, divers aspects de la mémoire verbale et non verbale, y compris la mémoire de travail, la facilité/productivité verbale, les compétences visuospatiales, la vitesse psychomotrice et la flexibilité cognitive.
Des études antérieures sur le rapport entre les anticorps anticérébraux et l'atteinte du SNS dans le LED ont défini une telle atteinte en se fondant sur les principaux syndromes neuropsychiatriques. Le Dr Denburg rappelle toutefois que bien peu d'attention a été accordée à l'atteinte sous-clinique du système nerveux, laquelle pourrait tre signalée par un déficit neuropsychologique. Le rapport entre la fonction cognitive, comme marqueur d'une atteinte du système nerveux, et divers autoanticorps jouant un rle dans le processus pathologique du LED neuropsychiatrique a été évalué par le Dr Denburg et ses collègues à McMaster.
Au symposium, ils ont fait état d'une forte association observée entre les déficits cognitifs et les AAPL. Dans cette dernière étude, 118 patients lupiques adultes, dont 33 % étaient AC-positifs, ont subi une évaluation cognitive. Dans cet échantillon, 75 patients, dont 29 % étaient AC-positifs, n'avaient jamais connu d'atteinte NP au cours de leur maladie. Les résultats AC-positifs ont été associés de faon significative avec un risque accru de déficience cognitive. En outre, les résultats du groupe AC-positif ont été moins bons que ceux du groupe AC-négatif et de groupes témoins dans des tests d'une gamme de fonctions cognitives comprenant des tches mettant en jeu la mémoire verbale, la flexibilité cognitive et la vitesse psychomotrice. Bien que les critères établissant des déficits cognitifs aient différé dans diverses études, d'autres chercheurs ont observé des patrons semblables de déficits cognitifs chez les patients lupiques AAPL-positifs ou des performances moindres dans pratiquement tous les domaines de fonctionnement.
D'après le Dr Denburg, les meilleures données disponibles confirment fortement un rapport entre les AAPL et le dysfonctionnement cognitif. Les associations établies dans ces études soulèvent également des questions concernant le(s) mécanisme(s) du dysfonctionnement cognitif dans le LED (par exemple, le fait que des événements microthrombotiques continus reliés aux AAPL peuvent mener à une altération du SNC se manifestant comme un dysfonctionnement cognitif). Jusqu'ici, certaines preuves obtenues par des études d'imagerie objective comme le scanner ou l'IRM confirment cette théorie. Cependant, des données de suivi à long terme seront essentielles pour confirmer ce rapport.
Des études de suivi à long terme sont également essentielles pour évaluer la valeur prédictive de divers facteurs de risque qui ont été associés à une atteinte NP (par exemple, l'AAPL et le dysfonctionnement cognitif). Selon le Dr Denburg, la détermination de tels facteurs clés associés à l'amélioration ou au déclin de la fonction cognitive et des conséquences en matière de traitement sont maintenant au centre des recherches menées par le groupe de recherche sur le lupus à l'université McMaster de mme que par d'autres groupes de recherche ailleurs sur le continent.
En résumé, les recherches antérieures ont montré que l'évaluation neuropsychologique est sensible à la présence d'un déficit cognitif mme chez les patients ne manifestant aucun symptme névralgique ou psychiatrique.
Le déficit cognitif, lorsqu'il est documenté chez les patients lupiques, reflète vraisemblablement un dysfonctionnement primaire du système nerveux central. Le groupe de McMaster a utilisé une batterie de tests neuropsychologiques dont on a montré qu'ils étaient sensibles au dysfonctionnement associé aux AAPL dans le LED, les patients lupiques AAPL-positifs montrant un déficit cognitif significativement plus prononcé que les patients AAPL-négatifs. En conclusion, affirme le Dr Denburg, " les anticorps antiphospholipides constituent probablement l'un de plusieurs mécanismes qui sous-tendent le dysfonctionnement cognitif observé chez les patients atteints du LED ".
Le Dr Susan Denburg, Ph. D., enseigne au département de psychiatrie et des neurosciences comportementales et elle est vice-doyenne chargée de l'enseignement à la faculté des sciences de la santé de l'université McMaster, Hamilton, Ontario.
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